Dans un contexte où les finances publiques en Haïti sont souvent associées à des soupçons de mauvaise gestion, de désorganisation et parfois de pratiques opaques, une décision administrative de la direction de l’Institut National de Formation Professionnelle attire l’attention.
Plus de 1 373 chèques non retirés par leurs bénéficiaires, représentant environ 47 millions de gourdes, ont été retournés au Trésor public. Une opération qui, bien que technique dans son exécution, prend une portée symbolique dans un pays où la question de la transparence financière reste sensible.
Dans de nombreux secteurs de l’administration publique haïtienne, les ressources financières circulent souvent avec des failles de suivi, des retards de distribution ou des difficultés d’accès pour les bénéficiaires. Le cas de ces chèques non retirés met en lumière un autre aspect rarement discuté : l’écart entre les fonds alloués et leur récupération effective par les citoyens.
Selon les explications fournies par la direction de l’INFP, ces montants étaient initialement destinés à des bénéficiaires identifiés, mais n’ont pas été réclamés. Face à cette situation, il a été décidé de les réintégrer dans les comptes du Trésor public afin d’éviter qu’ils restent inutilisés ou mal suivis.
Au-delà de la simple procédure administrative, ce choix est présenté comme une volonté de remettre de l’ordre dans la gestion interne de l’institution, dans un contexte où les besoins en formation professionnelle sont particulièrement importants dans le pays.
L’INFP affirme vouloir orienter ses priorités vers le renforcement des programmes de formation, l’amélioration des compétences techniques et l’élargissement des opportunités pour les jeunes haïtiens. Dans un marché du travail fragile, ces objectifs sont souvent présentés comme essentiels pour répondre aux défis socio-économiques.
Cependant, cette opération soulève aussi des interrogations sur les raisons profondes de l’existence d’un volume aussi important de chèques non retirés. Difficultés de communication, obstacles administratifs ou dysfonctionnements structurels : plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation qui n’est pas isolée dans l’administration publique.
Dans ce contexte, le geste de l’INFP ne doit pas être perçu comme une exception spectaculaire, mais plutôt comme un rappel des faiblesses structurelles de la gestion publique. Car si des fonds peuvent rester inutilisés pendant des périodes prolongées, cela signifie aussi que les mécanismes de distribution et de suivi nécessitent encore des réformes profondes.
En définitive, cette décision met en lumière une réalité paradoxale : dans un État où la transparence est souvent réclamée, le simple fait de récupérer et de réintégrer des fonds non utilisés devient un acte remarqué. Une normalité administrative qui, dans le contexte haïtien, prend des allures d’exception.
Jean Yourry ATOUT, Uni Fm




