Cinq ans se sont écoulés depuis la nuit du 29 juin 2021, mais le silence qui entoure l’assassinat d’Antoinette Duclaire, dite Netty, reste aussi lourd que les premiers jours. Militante politique, voix engagée, femme de conviction, elle a été fauchée dans un contexte où la parole critique devient souvent une cible. À ses côtés, le journaliste Diego Charles a également été tué. Deux vies interrompues brutalement, deux voix réduites au silence, et cinq années plus tard, une justice qui semble encore chercher le courage de se prononcer.
Dans un pays où les crimes contre les journalistes et les militants se répètent sans réponse judiciaire forte, ce dossier est devenu un symbole amer : celui d’une justice qui observe, mais ne conclut pas. Les enquêtes annoncées, les procédures ouvertes et les promesses institutionnelles n’ont, jusqu’à présent, produit aucun résultat capable de satisfaire l’exigence minimale de vérité.
Ce silence prolongé n’est pas neutre. Il devient une forme de langage. Un langage d’inaction qui, au fil du temps, transforme l’impunité en système presque normalisé. Pendant que les dossiers stagnent, les familles attendent, la société s’interroge, et la mémoire des victimes lutte pour ne pas être effacée.
Netty Duclaire n’était pas seulement une militante parmi d’autres. Elle incarnait une parole libre, souvent dérangeante, mais profondément ancrée dans les réalités sociales et politiques de son époque. Son assassinat, comme celui de Diego Charles, pose une question que le temps n’a pas résolue : que vaut la vie de ceux qui osent parler dans un environnement où la violence répond trop souvent à la parole ?
Depuis 2021, Haïti a continué de sombrer dans une spirale où les crimes contre les journalistes, les militants et les citoyens engagés s’accumulent sans véritable rupture judiciaire. Les noms changent, les circonstances varient, mais un élément demeure : l’absence de conclusion claire, de jugement, de sanction.
C’est là que se situe le cœur du problème. Non seulement dans la violence elle-même, mais dans son traitement institutionnel. Une société ne se mesure pas uniquement à ses drames, mais à sa capacité à y répondre avec justice. Or, dans ce dossier, la réponse reste incomplète, fragmentée, presque silencieuse.
Cinq ans après, la question n’est plus seulement celle de l’enquête. Elle est devenue celle de la responsabilité de l’État face à la mémoire collective. Car chaque dossier non résolu affaiblit un peu plus la confiance publique et envoie un message dangereux : celui d’une impunité sans conséquence.
Pourtant, la mémoire de Netty Duclaire refuse de disparaître. Elle survit dans les récits, dans les combats citoyens, dans les voix qui continuent de réclamer justice. Mais cette mémoire ne peut pas remplacer ce que la justice doit produire : la vérité, la reconnaissance des faits, et la sanction des responsabilités.
Tant que ce travail ne sera pas accompli, ce dossier restera ouvert non seulement dans les tribunaux, mais dans la conscience nationale. Et il continuera de poser une question simple, mais dérangeante : combien de temps une société peut-elle tolérer que la justice reste silencieuse face à ses propres blessures ?
Jean Yourry ATOUT, Uni Fm




