Raina Forbin à l’ONU : quand le récit diplomatique du pouvoir se heurte au chaos quotidien des Haïtiens

Raina Forbin à l’ONU : quand le récit diplomatique du pouvoir se heurte au chaos quotidien des Haïtiens

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Alors que des familles haïtiennes enterrent leurs proches et que des quartiers entiers vivent sous la menace permanente des groupes armés, le discours porté par la ministre des Affaires étrangères, Raina Forbin, devant le Conseil de sécurité de l’ONU provoque une vague d’indignation. En affirmant que la situation sécuritaire du pays s’améliore et que des progrès « réels » sont enregistrés sur le terrain, la diplomate semble présenter une Haïti bien différente de celle que subissent chaque jour les citoyens.

Cette déclaration apparaît, pour beaucoup d’observateurs, comme une tentative de maquiller une réalité devenue insoutenable. Pendant que les autorités évoquent des avancées, des populations restent prisonnières de la violence, des axes stratégiques continuent d’être contrôlés par des gangs qui imposent leurs taxes illégales et défient ouvertement l’État.

Le contraste est saisissant : d’un côté, un discours institutionnel qui cherche à rassurer la communauté internationale ; de l’autre, une population abandonnée face aux balles, aux déplacements forcés et à l’effondrement progressif des services publics. À Kenscoff, la récente offensive meurtrière ayant fait plus de 61 victimes, dont 14 enfants, rappelle brutalement que la crise sécuritaire est loin d’être maîtrisée.

Alors que plusieurs institutions publiques sont accusées d’avoir déserté certains secteurs du bas de Port-au-Prince devenus des territoires de non-droit, les déclarations triomphalistes du gouvernement interrogent. Sur quelle base repose cette lecture optimiste de la situation ? S’agit-il d’une analyse issue d’un véritable travail de terrain ou d’une communication destinée à rassurer les partenaires étrangers ?

Pour ses détracteurs, la ministre Raina Forbin semble évoluer dans une autre Haïti, une Haïti observée depuis les salons diplomatiques et les rencontres internationales, loin des rues où les citoyens affrontent quotidiennement la peur et l’incertitude. À force de vouloir vendre l’image d’un retour progressif à la normale, le pouvoir risque surtout d’élargir le fossé entre ses discours et la souffrance réelle de la population.

Car en Haïti, la question n’est plus seulement de savoir si la situation s’améliore dans les rapports officiels, mais si cette amélioration existe réellement dans la vie de ceux qui continuent de survivre sous la menace des armes.

Jean Yourry ATOUT, Uni Fm

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