Élections sur papier, pays sous contrôle des gangs : quand l’État vend la démocratie sans sécurité

Élections sur papier, pays sous contrôle des gangs : quand l’État vend la démocratie sans sécurité

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Pendant que le Gouvernement multiplie les annonces autour de l’opération « Kat Ou La », pilotée par l’Office National d’Identification, promettant une large distribution de cartes d’identification en vue de prochaines élections, le pays réel, lui, semble évoluer dans un tout autre scénario.

Dans les discours officiels, tout paraît structuré : modernisation du système d’identification, inclusion citoyenne, préparation d’élections « crédibles et transparentes ». Mais sur le terrain, la réalité contredit brutalement cette vitrine institutionnelle.

Dans plusieurs régions, notamment dans l’Artibonite, des populations vivent encore sous la pression constante de groupes armés. Dans la zone métropolitaine, des quartiers entiers échappent toujours au contrôle effectif de l’État. La circulation y est limitée, la peur installée, et l’autorité publique fragilisée.

C’est dans ce contexte que l’on continue pourtant à parler de processus électoral, comme si la logistique administrative pouvait remplacer la stabilité sécuritaire.

Le décalage est de plus en plus visible : d’un côté, des communiqués optimistes sur la distribution de cartes d’identité ; de l’autre, un territoire fragmenté où l’État peine à garantir la sécurité minimale nécessaire à toute activité démocratique.

L’opération d’identification, bien qu’importante dans son principe, semble ainsi évoluer dans un environnement qui ne lui offre aucune garantie réelle de succès global. Distribuer des cartes dans un pays partiellement hors contrôle interroge inévitablement sur la cohérence de la démarche.

Derrière cette stratégie, une question s’impose avec insistance : peut-on réellement organiser des élections nationales dans un pays où l’insécurité dicte encore les règles du jeu dans de vastes zones du territoire ?

À force de privilégier les annonces et les objectifs administratifs, le risque est grand de transformer le processus électoral en exercice formel, déconnecté des conditions essentielles de sa propre légitimité.

Dans un tel contexte, la démocratie annoncée risque de ressembler davantage à une projection politique qu’à une réalité vécue.

Jean Yourry ATOUT, Uni Fm

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