La gouvernance, aujourd’hui, semble avoir été vidée de sa substance pour devenir un simple exercice de communication. Ce qui devrait être un espace d’action, de responsabilité et de résultats concrets s’est transformé en vitrine d’images soigneusement mises en scène. À défaut de politiques publiques solides, on nous sert des photographies. À défaut de décisions courageuses, on nous expose des apparences.
Le pouvoir ne gouverne plus : il se met en scène.
Les dirigeants multiplient les clichés, les poignées de main capturées, les réunions immortalisées, les visites officielles documentées. Mais derrière cette avalanche d’images, une question demeure, brutale : où sont les résultats ? Où sont les changements tangibles dans la vie des citoyens ? Cette gouvernance par l’image n’est rien d’autre qu’une fuite en avant, une tentative de masquer l’absence d’actions réelles.
Pendant que les caméras tournent, le pays s’enfonce.
Le gouffre n’est plus une menace abstraite, il est une réalité quotidienne. Insécurité persistante, misère aggravée, institutions fragilisées, services publics en déliquescence voilà le véritable bilan, celui qu’aucune photo officielle ne peut embellir. Et pourtant, ceux qui dirigent semblent croire qu’en contrôlant le récit visuel, ils peuvent échapper au jugement des faits.
Le cas de Alix Didier Fils-Aimé illustre parfaitement cette dérive. À la tête du gouvernement, il donne l’impression d’un leadership sans consistance, d’une autorité sans impact réel. Une coquille vide, diront certains, tant l’écart est frappant entre la posture affichée et la réalité vécue par la population.
Plus grave encore, loin d’atténuer la crise humanitaire qui ronge le pays depuis plus d’une décennie, son action ou son inaction semble contribuer à l’aggraver. L’absence de vision claire, le manque de décisions structurantes, et l’incapacité à répondre aux urgences plongent davantage le peuple dans une précarité insoutenable.
Ce n’est plus seulement une question d’inefficacité. C’est une faillite morale et politique.
Car gouverner, ce n’est pas produire des images. Gouverner, c’est agir, trancher, assumer, transformer. C’est répondre aux besoins fondamentaux de la population avec sérieux et engagement. Lorsque les photos remplacent les actes, c’est le signe d’un pouvoir qui a renoncé à sa mission.
Assez de simulacres. Assez de mises en scène creuses pendant que la réalité brûle. Un pouvoir qui se contente de se photographier pendant que son peuple s’effondre n’est pas seulement inefficace il devient complice du désastre. L’histoire ne retiendra pas les images soigneusement cadrées, mais l’ampleur de l’abandon. Et ce jour-là, aucune communication, aucune posture, aucun artifice ne pourra masquer la vérité : on ne dirige pas un pays avec des apparences, et ceux qui s’y essaient finissent toujours par être rattrapés par la colère du réel.
Abdias DENIS
Spécialiste en développement
Philosophe – Politologue
Professeur – Journaliste
Essayiste – Pamphletaire




