Il y a des moments où il faut cesser de contourner l’évidence. Gouverner ne consiste ni à multiplier les voyages officiels ni à orchestrer des séances de photos destinées à nourrir une communication politique bien rodée. Gouverner, c’est produire des résultats. Et sur ce terrain, le contraste devient de plus en plus difficile à ignorer.
Depuis plusieurs mois, l’action du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé donne le sentiment d’une priorité accordée à l’image plutôt qu’à l’impact. Les déplacements s’enchaînent, les images circulent, les messages sont calibrés. Mais pendant ce temps, la réalité nationale, elle, reste marquée par l’urgence, l’incertitude et l’absence de progrès perceptible pour une large partie de la population.
Ce décalage n’est pas anodin. Il traduit une dérive où la communication tend à se substituer à l’action. Or, un gouvernement ne peut durablement se contenter d’exister dans sa propre mise en scène. La fonction qu’il incarne exige des décisions claires, des orientations fortes et des résultats mesurables. À défaut, la confiance s’effrite, lentement mais sûrement.
Il ne s’agit pas de nier l’importance de la représentation internationale ni celle de la diplomatie. Mais ces dimensions ne peuvent tenir lieu de politique publique. Elles doivent l’accompagner, non la remplacer. Lorsqu’elles deviennent l’essentiel, elles révèlent un vide que même les meilleures images ne peuvent combler.
C’est pourquoi il devient urgent de rompre avec cette logique. La mise en scène gouvernementale doit être terminée. Le pays n’a plus besoin d’une narration maîtrisée ; il a besoin d’actions concrètes. Il n’attend pas des apparences, mais des réponses.
Les citoyens, eux, ne jugent pas à travers les objectifs des caméras. Ils jugent à travers leur quotidien. Sécurité, économie, services essentiels : c’est là que se mesure la réalité du pouvoir. Et c’est là, surtout, que se construit ou se perd la crédibilité d’un gouvernement.
Un éditorial n’a pas vocation à condamner, mais à alerter. Et l’alerte est claire : un pouvoir qui privilégie l’image au détriment de l’action prend le risque de se couper du réel. Or, gouverner, c’est précisément affronter le réel — et y répondre.
À ce carrefour, le choix est simple : continuer dans la mise en scène, ou revenir à l’essentiel. Entre gouverner et faire du tourisme d’État, il faudra trancher.
Abdias DENIS
Spécialiste en développement
Philosophe – Politologue
Professeur – Journaliste
Essayiste – Pamphletaire




