Le sang de nos enfants ne peut plus couler dans l’indifférence

Le sang de nos enfants ne peut plus couler dans l’indifférence

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Selon les données relayées par l’ONU et l’UNICEF, au moins sept enfants ont été tués et 176 autres blessés à Port-au-Prince depuis le 10 mai 2026, dans une vague de violences armées qui continue de ravager la capitale. Derrière ces chiffres froids, il y a une réalité insoutenable : des vies interrompues trop tôt, des familles réduites au silence, et une douleur qui s’installe sans jamais vraiment partir.

Il est difficile de trouver les mots justes face à une telle tragédie. Parce qu’il ne s’agit pas seulement d’insécurité. Il s’agit d’enfants.

Des enfants qui devraient courir dans les rues sans peur, aller à l’école, rire, apprendre, grandir. Mais à Port-au-Prince, certains grandissent avec le bruit des balles comme fond sonore, et d’autres n’ont même pas eu le temps de grandir.

Chaque chiffre cache une histoire. Un prénom. Un visage. Une mère qui ne comprend pas pourquoi son enfant n’est plus là. Un père qui regarde le vide là où il y avait hier encore une présence, une voix, un avenir.

Et pendant que ces drames se répètent, la ville continue de vivre dans une forme d’épuisement collectif. Les habitants survivent plus qu’ils ne vivent. Les quartiers se vident. Les écoles ferment. Les hôpitaux débordent ou manquent de tout. Et les enfants, eux, deviennent les premières victimes d’un chaos qui ne semble connaître aucune limite.

Ce qui rend cette situation encore plus douloureuse, c’est l’impression d’habitude qui s’installe. Comme si la mort d’enfants devenait une nouvelle parmi d’autres. Comme si l’indicible devenait supportable. Mais rien de cela n’est normal. Rien de cela ne doit être accepté.

Un pays qui laisse ses enfants mourir ainsi perd bien plus que sa sécurité. Il perd sa dignité.

Le silence qui entoure ces tragédies est lui aussi lourd. Trop lourd. Il ressemble parfois à de l’impuissance, parfois à de l’indifférence, parfois aux deux. Mais pour les familles endeuillées, il n’y a ni théorie ni justification : seulement l’absence.

Aujourd’hui, Haïti ne peut plus se contenter de condamner. Elle doit pleurer, certes, mais aussi se regarder en face. Parce qu’un pays où les enfants deviennent des victimes récurrentes de la violence armée est un pays en train de se briser de l’intérieur.

Le sang de nos enfants ne peut plus couler dans l’indifférence.

Car chaque vie perdue rappelle une vérité simple et terrible : ce pays est en train de perdre ce qu’il a de plus précieux, et il ne peut plus faire semblant de ne pas le voir.

Jean Yourry ATOUT, Uni Fm

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