Les “bandits” armés ou les “bondis” armés d’Haïti?

Les “bandits” armés ou les “bondis” armés d’Haïti?

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En Haïti, les mots finissent parfois par révéler des vérités que les discours officiels cherchent à cacher. Depuis plusieurs années, un terme domine l’actualité, les conversations populaires et les cris de détresse : bandits. Pourtant, à bien observer la réalité nationale, une question dérangeante surgit : et si ceux qu’on appelle des “bandits”armés étaient en réalité des “bondis” armés?

Le jeu de mots peut sembler audacieux, mais il décrit une mécanique politique et sociale bien réelle. Le “bandit” armé agit pour lui-même ; le “bondi” armés lui, est lancé sur une cible précise. Il bondit sur commande. Il surgit pour terroriser, détruire, disperser et empêcher toute stabilité.

Et sur qui ces groupes armés bondissent-ils principalement ? Sur les Haïtiens du milieu.

Pas les ultra-riches, souvent protégés par des murs, des gardes et des connexions. Pas les miséreux des ghettos déjà abandonnés par l’État. Non. Ceux qui paient le prix fort sont les enseignants, les chauffeurs, les infirmières, les petits entrepreneurs, les étudiants, les commerçants, les jeunes professionnels : cette classe moyenne fragile qui représente normalement la colonne vertébrale d’une nation.

Chaque kidnapping, chaque route bloquée, chaque école fermée, chaque entreprise incendiée pousse cette catégorie sociale vers la ruine ou l’exil. Et ce n’est peut-être pas un hasard.

Car une société sans classe moyenne devient une société sans équilibre. Quand les gens du milieu disparaissent, il ne reste que deux extrêmes : les puissants et les dépendants. Plus de citoyens capables de réfléchir librement, d’investir, de contester, de construire des institutions ou de réclamer des comptes. Le chaos devient alors un outil de contrôle.

Voilà pourquoi le mot “bondis” prend tout son sens. Ces groupes armés semblent avoir été fabriqués, financés ou tolérés pour bondir précisément sur ce qui pouvait encore maintenir Haïti debout : sa capacité de produire une classe moyenne consciente et autonome.

Le résultat est visible partout. Des quartiers autrefois vivants se vident. Les cerveaux fuient. Les commerces ferment. Les parents vendent tout pour partir. La peur devient une stratégie nationale. Et pendant que le peuple s’épuise, certains continuent de profiter d’un système où l’insécurité est devenue un marché.

Le plus tragique, c’est que cette violence finit par être banalisée. On parle des morts comme de statistiques. On s’habitue aux rafales. On apprend à contourner les zones perdues. Comme si l’anormal était devenu normal.

Mais il faut refuser cette fatalité.

Haïti ne pourra pas renaître tant que les “bondis” continueront de bondir sur les forces vives du pays avec la complicité silencieuse de ceux qui prétendent gouverner. La sécurité n’est pas seulement une question policière ; elle est une question de survie nationale.

Un pays qui laisse détruire sa classe moyenne prépare son propre effondrement.

Et l’histoire jugera sévèrement ceux qui auront transformé des citoyens en proies.

Abdias DENIS
Spécialiste en Développement
Philosophe – Politologue
Professeur – Journaliste
Essayiste – Pamphletaire

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