À défaut de résultats concrets, le gouvernement multiplie les rencontres diplomatiques. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé s’est entretenu avec Gilles Michaud, haut responsable de la sécurité aux Nations Unies, autour d’une énième discussion présentée comme « stratégique » sur la crise sécuritaire. Une mise en scène désormais familière, dans un pays où les gangs dictent leur loi pendant que les autorités parlent encore de « coordination ».
Sur le terrain, la réalité contredit brutalement le discours officiel. Des axes routiers coupés, des quartiers abandonnés, une économie asphyxiée : l’État recule, et les groupes armés avancent. Face à cela, l’exécutif promet une intensification des opérations de la Force de Répression des Gangs (FRG), brandie comme solution miracle. Pourtant, cette structure reste largement invisible pour une population qui ne voit ni reconquête territoriale, ni amélioration tangible de sa sécurité.
Le Premier ministre assure vouloir « mobiliser les ressources de l’État ». Une déclaration qui sonne creux dans un contexte où l’autorité publique semble déjà avoir cédé du terrain. À force d’annonces répétées sans résultats, la parole gouvernementale perd en crédibilité, alimentant une méfiance grandissante.
Plus troublant encore : l’insistance à évoquer l’organisation d’élections « libres et crédibles » alors même que de vastes portions du territoire échappent au contrôle de l’État. Pour beaucoup, cette ambition relève davantage de la communication politique que d’un projet réalisable à court terme.
En appelant une nouvelle fois à l’appui international, le pouvoir semble reconnaître, à demi-mot, ses propres limites. Mais cette dépendance chronique soulève une question de fond : jusqu’à quand Haïti devra-t-elle sous-traiter sa sécurité pendant que ses dirigeants se contentent de promesses ?
Au final, cette rencontre illustre moins une avancée qu’un progrès de façade : celui d’un gouvernement qui s’agite diplomatiquement pour masquer son impuissance, pendant que, sur le terrain, la réalité continue de lui échapper.
Jean Yourry ATOUT, Uni Fm




