Chaque jour qui passe semble rapprocher un peu plus le pays d’un point de rupture. Aux yeux d’une frange grandissante de la population, le pouvoir en place, dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, ne corrige pas la trajectoire il l’aggrave, pas à pas, méthodiquement, jusqu’à éroder ce qu’il reste des fondations de l’État.
Ce qui rend la situation encore plus inquiétante, ce n’est pas seulement l’action du pouvoir, mais la passivité qui l’entoure. Un peuple désabusé, parfois résigné, laisse passer l’inacceptable. Et dans cet enchaînement silencieux, tout finit par devenir normal : l’inefficacité, l’insécurité, la dégradation continue. Ce n’est plus une crise ponctuelle c’est une chute qui s’installe.
Mais le cœur du problème est ailleurs : l’absence criante de contre-pouvoirs. Les institutions, censées encadrer, limiter, équilibrer, semblent absentes ou neutralisées. Plus rien ne freine réellement l’action du Premier ministre. Dans un tel vide, le pouvoir ne se partage plus il se concentre.
C’est ainsi que naît une perception de plus en plus répandue : celle d’un pouvoir sans limites, glissant vers une forme d’autoritarisme. Lorsque les mécanismes de contrôle disparaissent, lorsque les institutions s’effacent, le risque n’est plus théorique. Il devient réel, palpable, quotidien.
Dans cette logique, une question essentielle s’impose : quel est le rôle du quatrième pouvoir dans une société, sinon de la protéger contre les dérives autoritaires du pouvoir ? La presse, les médias et plus largement l’espace public de l’information sont censés jouer ce rôle de vigilance, de transparence et d’alerte. Lorsqu’ils remplissent pleinement leur fonction, ils deviennent un rempart essentiel contre les abus et les concentrations excessives de pouvoir.
Or, c’est précisément sur ce terrain que des critiques s’élèvent aujourd’hui. On dénonce l’usage privé qui serait fait du service public de l’information, perçu par certains comme instrumentalisé au service d’intérêts politiques plutôt que mis au service de l’intérêt général. Une telle situation, si elle se confirmait, affaiblirait encore davantage le rôle de contre-pouvoir des médias et aggraverait le déséquilibre démocratique.
Alors une question s’impose, brutale mais nécessaire : jusqu’où cela peut-il aller ?
Car sans réaction, sans exigence citoyenne, sans sursaut institutionnel, les dérives ne s’arrêtent jamais d’elles-mêmes. Elles s’étendent. Elles s’ancrent. Et elles finissent par redéfinir la norme.
Limiter les dégâts, éviter le basculement, cela suppose une prise de conscience collective. Il ne suffit plus d’observer ou de dénoncer. Il faut exiger, structurer, reconstruire. Redonner vie aux contre-pouvoirs, réaffirmer le rôle des institutions, et surtout refuser que l’exception devienne la règle.
L’histoire l’a montré ailleurs : ce n’est pas le pouvoir seul qui fait basculer un pays, c’est aussi le silence qui l’accompagne. Et aujourd’hui, ce silence pourrait coûter trop cher.
Abdias DENIS
Spécialiste en développement
Philosophe – Politologue
Professeur – Journaliste
Essayiste – Pamphletaire




