ONA : 7 milliards de gourdes envolés, la retraite des Haïtiens en péril

ONA : 7 milliards de gourdes envolés, la retraite des Haïtiens en péril

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La situation de la sécurité sociale en Haïti atteint un niveau critique. Au centre des inquiétudes : la gestion de l’Office National d’Assurance-Vieillesse (ONA), aujourd’hui fragilisée par un volume préoccupant de prêts non remboursés dépassant les 7 milliards de gourdes.

Selon des informations concordantes, une grande partie de ces prêts aurait été accordée en dehors des normes administratives et financières requises. Plusieurs dossiers seraient jugés incomplets, irréguliers, voire invalides. Une situation qui met en lumière de graves failles dans les mécanismes de contrôle et de gouvernance de l’institution.

Parmi les fonds engagés, plus de 2,5 milliards de gourdes proviennent directement des cotisations des travailleurs haïtiens, renforçant le caractère sensible et alarmant du dossier. Le programme ONAPAM concentrerait à lui seul plus de 4 milliards de gourdes, tandis que le crédit automobile aurait dépassé la barre des 2 milliards de gourdes.

Les dérives observées ne sont pas récentes. Elles remonteraient à 2018, période à partir de laquelle des anomalies auraient été enregistrées dans l’octroi des prêts. Plusieurs rapports de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) ont déjà documenté ces irrégularités, sans qu’un redressement structurel durable ne soit réellement constaté.

La nouvelle administration de l’ONA, en prenant la mesure de la situation, évoque la nécessité d’une réforme en profondeur. Parmi les constats les plus préoccupants : des frais de fonctionnement qui atteindraient près de 60 % des ressources disponibles, alors que les standards de bonne gestion recommandent un plafond d’environ 10 %.

Aujourd’hui, les prêts délinquants représentent un danger majeur pour la pérennité de l’institution. En affaiblissant sa capacité à répondre à ses obligations, notamment envers les retraités, c’est l’équilibre même du système de sécurité sociale qui est menacé.

Mais au-delà des chiffres, c’est un pilier fondamental de la société haïtienne qui vacille. L’ONA n’est pas une simple institution financière : elle constitue l’un des socles de protection des travailleurs, une garantie de dignité pour ceux qui, après des années de service, comptent sur une retraite stable.

Face à cette situation, la société ne peut rester passive. L’ONA est l’un des cœurs du système social haïtien. Son affaiblissement compromet non seulement la confiance des citoyens, mais aussi la stabilité sociale du pays. Il devient urgent d’exiger transparence, reddition de comptes et réformes concrètes pour éviter un effondrement aux conséquences potentiellement irréversibles.

Jean Yourry ATOUT, Uni Fm

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