Saint-Marc entre inquiétude et mobilisation : le peuple refuse le départ des blindés
La population de Saint-Marc vient d’envoyer un signal clair, puissant, impossible à ignorer : quand le peuple décide de se lever, rien ne peut véritablement l’arrêter. Cette mobilisation n’est pas un simple fait divers, c’est un rappel brutal d’une vérité que le pouvoir en place semble avoir oubliée ou choisi d’ignorer : ce n’est pas le pouvoir qui fait l’histoire, c’est le peuple. Et le peuple n’a pas encore dit son dernier mot.
Des blindés ne part point
À Saint-Marc, des citoyens ordinaires ont posé un acte extraordinaire. Ils ont refusé de rester spectateurs d’un scénario qu’ils jugent trop évident, trop dangereux, trop méprisant. Le départ des blindés inquiète désormais la population. Car ce retrait est perçu comme une perte de moyens de sécurité dans un contexte déjà fragile. L’expérience récente a appris à la population que la présence de tels équipements n’est pas toujours synonyme de protection, mais leur absence ou leur déplacement peut également raviver la peur.
La population de Saint-Marc vient également de bloquer le départ des blindés du département. Elle fait savoir clairement que ces blindés doivent servir la population sur place, et qu’il n’est pas question qu’ils soient envoyés à Port-au-Prince alors que leur présence est jugée essentielle pour la sécurité du département.
Pont Sondé et Jean Denis : des blessures encore ouvertes. Pont Sondé, Jean Denis… ces noms résonnent encore comme des blessures ouvertes. Des massacres qui se sont produits malgré ou sous la présence de dispositifs censés sécuriser. Alors une question s’impose, lourde, inquiétante : si ces tragédies ont eu lieu avec ces moyens, que se passera-t-il sans eux, ou pire, avec leur utilisation détournée ?
L’indifférence du pouvoir en accusation
Face à cela, la réaction des Saint-Marquois n’est ni irrationnelle ni excessive. Elle est lucide. Elle est politique au sens noble du terme. Elle traduit une conscience aiguë d’un abandon progressif, d’une insécurité qui ne semble plus accidentelle mais structurelle, organisée, presque normalisée.
Le silence et l’indifférence du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé face à cette situation ne font qu’aggraver le fossé entre le pouvoir et la population. Car pendant que les discours officiels peinent à convaincre, la réalité, elle, s’impose avec violence : davantage de territoires échappent au contrôle de l’État, et les massacres se répètent avec une régularité insoutenable.
Un bilan lourd et une colère qui monte
Ce bilan, lourd, inquiétant, alimente une perception de plus en plus partagée : celle d’un pouvoir qui ne protège pas, ou plus. Pire encore, d’un pouvoir dont les actions ou l’inaction donnent l’impression d’accompagner une lente dérive vers le chaos. Pour beaucoup, cela ressemble à une forme de liquidation nationale silencieuse, où les citoyens deviennent les victimes d’un système qui ne les défend plus.
Saint-Marc brise la fatalité
Mais Saint-Marc vient de briser cette fatalité apparente.
En refusant que ces blindés quittent le département, la population ne s’oppose pas simplement à un convoi. Elle affirme un principe : celui du droit à la vigilance, du droit à la survie, du droit de dire non. Non à l’opacité. Non à l’insécurité imposée. Non au mépris.
Un exemple pour tout un pays
Ce geste est un exemple. Un rappel que la résignation n’est pas une obligation. Que même dans un contexte difficile, le peuple conserve une capacité d’action, une force collective capable de renverser les logiques les plus installées.
Les Saint-Marquois ont montré une chose essentielle : l’insécurité n’est pas une fatalité inévitable. Si elle est construite, elle peut être déconstruite. Si elle est tolérée, elle peut être refusée.
Conclusion
Le temps du mépris touche à sa fin
Qu’on se le dise clairement : un peuple qui commence à dire non est un peuple qui n’acceptera plus jamais de plier. Saint-Marc n’est pas un accident, c’est un avertissement. Un signal que la peur change de camp, que la résignation recule, et que la patience a des limites.
À force d’indifférence, d’échecs et de silences, le pouvoir en place joue avec une ligne dangereuse. Car lorsque le peuple comprend qu’il n’a plus rien à attendre d’en haut, il finit toujours par reprendre ce qui lui appartient : sa dignité, sa sécurité, son destin.
Et ce jour-là, il ne demande plus la permission.
Abdias DENIS
Spécialiste en Développement
Philosophe – Politologue
Professeur – Journaliste
Essayiste – Pamphlétaire




