Indécence. Voilà le mot.
Pendant que le peuple haïtien s’enfonce dans la misère, pendant que les familles comptent les jours sans manger correctement, pendant que l’insécurité transforme chaque déplacement en pari avec la mort, le pouvoir, lui, trouve le temps et surtout l’argent pour organiser une cérémonie d’adieu en grande pompe.
Une cérémonie. D’adieu.
En l’honneur du Représentant spécial de l’Organisation des États Américains en Haïti.
Mais la réalité du pays, elle, ne se célèbre pas. Elle brûle.
D’un côté, des bandits armés attaquent des localités comme Séguin et Marigot. Des populations terrorisées, des familles contraintes de fuir, des vies brisées dans l’indifférence quasi totale de l’État.
De l’autre, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé sable le champagne, sourire aux lèvres, aux côtés du Représentant spécial de l’Organisation des États Américains.
Deux images. Un seul pays. Une fracture morale béante.
Le contraste n’est pas seulement choquant il est révoltant.
Car il faut oser. Oser lever son verre pendant que le sang coule ailleurs. Oser célébrer pendant que des citoyens vivent sous la menace directe des armes. Oser parler de protocole et de diplomatie quand l’urgence est à la survie.
Et pourtant, on nous avait prévenus.
Le Premier ministre lui-même avait déclaré : “l’os n’a pas de chair.” Rien pour le peuple. Rien pour la sécurité. Rien pour répondre à la détresse nationale.
Mais manifestement, il y a toujours quelque chose quand il s’agit de festoyer.
Toujours de quoi organiser. Toujours de quoi recevoir. Toujours de quoi trinquer.
C’est plus qu’une contradiction. C’est une provocation.
Une provocation pour ceux qui fuient les balles à Séguin. Une provocation pour ceux qui vivent dans la peur à Marigot. Une provocation pour un peuple qui n’attend plus des discours, mais des actes.
Ce type d’image restera.
Elle restera comme le symbole d’un pouvoir déconnecté, incapable de mesurer la gravité du moment. Un pouvoir qui célèbre pendant que le pays s’effondre, qui honore des départs pendant que des citoyens enterrent les leurs.
Ce n’est pas seulement une cérémonie d’adieu.
C’est le portrait cruel d’un État qui regarde ailleurs pendant que son peuple crie.
Et pendant que certains trinquent, d’autres courent pour survivre.
Abdias DENIS
Spécialiste en Développement
Philosophe – Politologue
Professeur – Journaliste
Essayiste – Pamphletaire




