Dans la période pascale la plus sombre qu’Haïti ait jamais traversée, le pays offre le spectacle brutal d’une nation à deux vitesses — une majorité qui s’enfonce dans la faim, et une minorité au pouvoir qui nage dans l’opulence. Le contraste n’est plus seulement choquant, il est devenu obscène.
Aujourd’hui, pendant que des milliers de familles haïtiennes sont incapables de s’offrir le moindre morceau de hareng saur pour honorer une tradition profondément ancrée dans notre culture, Alix Didier Fils-Aimé et ses ministres, eux, disposent de moyens tels qu’ils pourraient « acheter la mer » entière sans que cela n’ébranle leur confort. Cette image n’est pas une exagération : elle est le symbole d’un pouvoir déconnecté, arrogant et insensible.
Ce qui se joue n’est pas seulement une crise économique ou sociale. C’est une faillite politique. Une faillite morale. Un État qui regarde son peuple sombrer sans réagir, ou pire, en continuant à fonctionner comme si de rien n’était, est un État qui a trahi sa mission première. Gouverner, ce n’est pas s’enrichir pendant que la nation s’appauvrit. Gouverner, c’est rendre des comptes, c’est partager le poids des sacrifices, c’est être le premier à se restreindre quand le peuple souffre.
Or, que voit-on aujourd’hui ? Des dirigeants qui vivent à l’abri, protégés, privilégiés, pendant que la majorité affronte la faim, l’insécurité, et l’abandon. Une élite politique qui s’accroche à ses avantages pendant que le pays s’effondre. Une indifférence qui confine au mépris.
La période pascale, censée être un moment de réflexion, de sacrifice et de renouveau, devient ainsi un révélateur cruel : il n’y a pas de communauté nationale lorsque les dirigeants et le peuple ne partagent même plus la même réalité. Il n’y a pas de solidarité lorsque certains peuvent tout se permettre pendant que d’autres ne peuvent même pas survivre dignement.
Il est temps de dire les choses sans détour : ce système ne fonctionne pas. Et ceux qui le dirigent portent une responsabilité directe dans la détresse actuelle. Haïti n’a pas seulement besoin d’aide, elle a besoin d’un sursaut politique, d’une rupture nette avec cette culture de privilège et d’impunité.
Car un peuple qui ne peut même pas manger pendant Pâques pendant que ses dirigeants vivent dans l’abondance n’est pas seulement un peuple en crise. C’est un peuple trahi.
Abdias DENIS
Spécialiste en Développement
Philosophe – Politologue
Professeur – Journaliste
Essayiste – Pamphletaire




