Le drame de trop : Culture, Tourisme, Intérieur et ISPAN au banc des accusés face à une tragédie évitable à la Citadelle

Le drame de trop : Culture, Tourisme, Intérieur et ISPAN au banc des accusés face à une tragédie évitable à la Citadelle

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Le drame survenu samedi dernier à la Citadelle, ayant coûté la vie à plus d’une cinquantaine de personnes selon plusieurs sources, s’inscrit désormais dans une réalité devenue insupportable : celle de la répétition des tragédies sans véritables conséquences institutionnelles. Cette fois encore, ce ne sont pas seulement les faits qui choquent, mais le silence, l’inaction et la chaîne de responsabilités qui semblent se diluer dans l’appareil d’État.

Au centre des accusations se trouvent plusieurs institutions majeures. Le ministère de la Culture et de la Communication, le ministère du Tourisme, le ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, ainsi que la direction générale de l’ISPAN sont directement interpellés. Ces structures, censées encadrer, protéger et valoriser un site aussi symbolique que la Citadelle, apparaissent aujourd’hui comme des maillons faibles d’un système de prévention défaillant.

Comment expliquer qu’un lieu aussi historique, aussi sensible et aussi fréquenté puisse devenir le théâtre d’un tel drame sans un dispositif solide de contrôle, de sécurité et d’anticipation ? Cette question, simple en apparence, met en réalité à nu une faillite plus profonde : celle de la gouvernance des espaces publics et patrimoniaux.

Le Conseil des ministres extraordinaire tenu après la tragédie n’a fait, pour beaucoup, que confirmer une pratique devenue quasi automatique : l’État réagit, mais ne prévient pas. Il constate, mais n’anticipe pas. Il communique, mais n’agit pas en amont. Une logique de gestion de crise permanente qui, à force de répétition, finit par perdre toute crédibilité.

Cette incapacité à prévenir les catastrophes ravive également le souvenir du massacre de Jean-Denis, dans l’Artibonite, où plus de soixante-dix personnes auraient perdu la vie. Là encore, les réponses institutionnelles avaient été jugées tardives, insuffisantes et déconnectées de la gravité de la situation.

À travers ces événements successifs, une même impression s’impose : celle d’un État qui intervient après les drames, mais qui échoue à les empêcher. Une gouvernance de l’après-coup qui transforme chaque tragédie en rendez-vous administratif plutôt qu’en électrochoc structurel.

Dans ce contexte, les institutions mises en cause ne peuvent plus se limiter à des communications de circonstance. Elles sont confrontées à une exigence de redevabilité, d’explication et surtout de résultats. Car au-delà des discours, c’est la capacité même de l’État à protéger ses citoyens qui est aujourd’hui remise en question.

Le drame de la Citadelle n’est donc pas un simple accident. Il est le symptôme d’un système fragilisé, où les responsabilités se dispersent et où la prévention reste le grand absent. Et tant que cette logique ne sera pas inversée, chaque nouveau drame risque de n’être que la répétition du précédent.

Jean Yourry ATOUT, Uni Fm

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