Deux ans pour enfoncer davantage le pays
Il arrive un moment où le discours ne suffit plus. Où les promesses se heurtent à la brutalité des faits. Ce moment est venu.
Installé le lundi 11 novembre 2024, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé s’apprête à atteindre, le 11 novembre 2026, deux années complètes à la tête du gouvernement.
Deux ans.
Deux ans qui auraient pu être ceux d’un redressement, ou au moins d’un ralentissement de la chute. Deux ans qui, au contraire, auront consacré une aggravation continue.
Le constat est implacable : rien n’a changé. Ou plutôt, tout s’est détérioré.
Un État en décomposition avancée
La santé va mal. L’éducation va mal. L’économie n’en parlons même pas.
Les comptes publics ? Un gouffre. Les caisses de l’État ? Vidées.
Et pour toute explication, une formule désinvolte : « l’os n’a pas de chair ». Comme si l’effondrement relevait d’une fatalité naturelle, et non d’une incapacité à gouverner.
Un pays ne se dirige pas avec des images. Il se relève avec des décisions. Ici, elles manquent.
Gouverner pendant que tout s’effondre
Avec ce pouvoir, chaque indicateur bascule dans le rouge.
Plus de territoires perdus.
Plus de déplacés internes.
Plus de sans-abri.
Plus de massacres.
Plus de fosses communes.
Plus de famine.
Plus de misère.
Et en miroir : moins d’État.
Moins d’écoles ouvertes. Moins d’enfants sur les bancs.
Moins de sécurité. Moins de services.
Moins de respect pour la vie, surtout celle des classes populaires.
Ce n’est plus une crise. C’est une désagrégation.
Un pays livré à la violence
Toutes les deux heures, des vies sont fauchées par des gangs armés.
À Port-au-Prince.
Dans l’Artibonite.
Dans le Sud.
Dans le Nord.
Aucun territoire n’est épargné. Le pays est à feu et à sang.
Face à cela, le pouvoir ne protège pas. Il observe. Ou pire : il s’habitue.
Quand l’État recule, la violence avance. Et aujourd’hui, elle avance partout.
Le renversement du pire
Il y a encore peu, Ariel Henry était désigné comme l’un des pires Premiers ministres que le pays ait connus.
Aujourd’hui, un basculement s’opère : certains en viennent à le regretter.
C’est dire que le niveau d’effondrement atteint n’est nullement comparable.
Car il faut une dégradation exceptionnelle pour que le présent rende le passé, pourtant décrié, presque acceptable.
Un pouvoir déconnecté, un peuple abandonné
Le problème n’est pas seulement l’échec. C’est l’absence de cap. L’absence de sursaut. L’absence de responsabilité.
Pendant que le pays s’enfonce, le pouvoir donne le sentiment de gérer autre chose — ou de ne rien gérer du tout.
Pendant que la population fuit, meurt, survit, s’effondre, aucune réponse à la hauteur n’émerge.
Le peuple, lui, paie le prix fort.
Un pays sans filet
Moins d’espoir. Moins de perspectives. Moins d’issues.
Et surtout, pour beaucoup, aucune alternative. Aucun autre pays où aller. Aucun refuge.
Ce qui reste, c’est l’abandon.
Un abandon qui n’est pas abstrait. Il est quotidien. Il est visible. Il est mesurable dans chaque vie brisée.
Conclusion
Deux ans pour le pire
Deux ans de pouvoir, ce n’est pas une parenthèse. C’est une responsabilité pleine et entière.
Le 11 novembre 2026 ne marquera pas seulement une date. Il actera deux années de gouvernance sans résultats, deux années où l’État s’est encore affaibli, deux années où la population a été laissée à elle-même.
Un gouvernement n’est pas là pour commenter ou constater la catastrophe.
Il est là pour l’empêcher. Ou, à défaut, pour la contenir.
Aujourd’hui, rien n’est contenu. Tout déborde.
Et à mesure que la situation s’aggrave, une question devient incontournable : que fait réellement le pouvoir de la responsabilité qui lui a été confiée ?
Car gouverner, ce n’est pas durer.
C’est empêcher un pays de sombrer.
Abdias DENIS
Spécialiste en développement
Philosophe – Politologue
Professeur – Journaliste
Essayiste – Pamphletaire




