Le décor était soigné, le discours bien calibré, et l’intention affichée : célébrer le travail. Pourtant, derrière les applaudissements officiels et les formules solennelles, une réalité plus brutale s’impose : en Haïti, on honore le travail… sans payer les travailleurs.
Sous la direction du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, le gouvernement a mis en avant une initiative présentée comme un signal fort : la remise de 500 lettres de nomination et de promotion à des professionnels de santé, orchestrée par le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP). Une mise en scène politique qui se veut rassurante, presque héroïque.
Mais la réalité du terrain vient fissurer ce récit.
Car pendant que certains reçoivent des lettres, d’autres attendent toujours leur salaire. Des contractuels du MSPP dénoncent jusqu’à 15 mois d’arriérés impayés. Dans plusieurs hôpitaux, notamment à Hôpital La Paix et à Hôpital Justinien, les protestations se multiplient, perturbant les services et exposant une crise profonde, longtemps contenue mais désormais impossible à masquer.
Plus alarmant encore, les médecins stagiaires ces jeunes professionnels en première ligne dénoncent près de neuf mois sans frais de service. Le 15 avril dernier, leur mobilisation à l’Hôpital La Paix sonnait déjà comme un avertissement. Il est resté sans réponse.
Le contraste devient alors saisissant, presque indécent. D’un côté, un discours officiel qui glorifie l’engagement, le courage et le « choix de rester ». De l’autre, une réalité où ceux qui restent le font souvent par contrainte, dans des conditions précaires, sans garantie de rémunération.
« La santé n’est pas une marchandise, mais un droit fondamental », a déclaré le chef du gouvernement. Une affirmation forte, mais qui, face aux faits, résonne comme une formule creuse pour ceux qui assurent ce droit sans contrepartie.
Ce 1er mai aurait pu être un moment de vérité. Une opportunité pour le pouvoir exécutif de poser un acte concret : payer les arriérés, rétablir la confiance, reconnaître enfin que la dignité du travail passe d’abord par sa rémunération. Au lieu de cela, le choix a été fait de privilégier l’image sur l’impact, la parole sur la responsabilité.
À force de célébrer le travail sans en assumer les obligations, l’État ne se contente pas de se contredire : il installe une norme dangereuse, celle où le symbole remplace la justice.
Et en Haïti, ce 1er mai 2026 restera peut-être moins comme une fête du travail… que comme une démonstration éclatante de ce que le travail vaut réellement aux yeux de ceux qui prétendent le défendre.
Jean Yourry ATOUT, Uni Fm




