Le 7 février 2026, dans un discours solennel soigneusement emballé de patriotisme, de fermeté et de grandes déclarations républicaines, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé promettait monts et merveilles à une population déjà à bout de souffle. Sécurité totale, traque implacable des gangs, retour de l’autorité de l’État, élections crédibles, aide humanitaire d’urgence, redressement national… tout y était. Trois mois plus tard, le pays cherche encore les résultats, pendant que les promesses du chef du gouvernement se noient dans le chaos haïtien.
Le constat est cinglant : rien n’a véritablement changé. Les gangs continuent d’imposer leur loi à coups de fusils automatiques pendant que l’État semble réduit à produire des communiqués ronflants et des réunions sans impact réel. Les quartiers tombent les uns après les autres, les routes restent sous tension, les déplacés se multiplient, et la peur continue de gouverner là où le pouvoir avait promis de reprendre le contrôle.
Alix Didier Fils-Aimé avait juré que « l’État reprend sa place ». Mais trois mois après la fin du CPT, l’État paraît plus absent, plus fragile et plus dépassé que jamais. Derrière les discours calibrés du Palais national, la population ne voit ni stratégie claire, ni résultats palpables, ni amélioration concrète de ses conditions de vie. Le pouvoir donne l’impression d’avancer à coups d’effets d’annonce pendant que le pays s’enfonce davantage dans l’incertitude.
Sur le dossier électoral, le flou est devenu la seule véritable ligne politique du gouvernement. Aucune avancée sérieuse, aucun calendrier crédible, aucune garantie réelle. Les élections promises ressemblent désormais à un horizon constamment repoussé. Pendant ce temps, la transition s’éternise dangereusement, alimentant méfiance, fatigue populaire et soupçons de conservation du pouvoir.
Le fameux plan humanitaire annoncé avec emphase ? Sur le terrain, les familles déplacées continuent de dormir sous des bâches, les mères cherchent de quoi nourrir leurs enfants et les quartiers populaires restent abandonnés à eux-mêmes. Les grandes phrases sur la dignité humaine n’ont jusqu’ici produit ni soulagement massif ni changement visible.
Plus inquiétant encore, le gouvernement semble avoir développé une dépendance chronique à la communication politique. Chaque semaine apporte son lot de déclarations grandiloquentes, de conseils stratégiques, de promesses fermes et de slogans patriotiques. Mais la réalité, elle, reste implacable : l’insécurité progresse plus vite que les annonces officielles.
Trois mois après avoir hérité des commandes du pays, Alix Didier Fils-Aimé apparaît de plus en plus comme un Premier ministre du verbe, prisonnier d’une gouvernance théâtrale où les mots circulent plus vite que les actions. Pendant que les autorités parlent de stabilité, la population, elle, vit l’effondrement au quotidien.
Aujourd’hui, une colère silencieuse monte dans le pays. Car derrière les cérémonies officielles et les discours d’autorité, beaucoup de citoyens voient surtout un pouvoir qui promet énormément, agit très peu et laisse la nation dériver dans un dangereux mélange d’improvisation, d’impuissance et d’illusions politiques.
Trois mois après le départ du CPT, la question n’est plus de savoir si le gouvernement a échoué à tenir ses promesses. La véritable question est désormais de savoir combien de temps encore le peuple haïtien acceptera d’attendre des résultats qui ne viennent jamais.
Jean Yourry ATOUT, Uni Fm




