Haïti : le partenariat public-privé élevé au rang de solution miracle dans un État en panne de leviers essentiels

Haïti : le partenariat public-privé élevé au rang de solution miracle dans un État en panne de leviers essentiels

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Le Premier ministre, Son Excellence Alix Didier Fils-Aimé, continue d’élever le partenariat public-privé au rang de pilier central du discours économique national. À l’occasion d’un cocktail organisé dans un cadre diplomatique à la résidence de l’ambassadrice de l’Union européenne, le Chef du Gouvernement a une nouvelle fois déroulé une rhétorique d’ambition, appelant le secteur privé à investir davantage, à créer des emplois et à s’acquitter de ses obligations fiscales.

Sur le papier, l’appel se veut mobilisateur. Dans les faits, il soulève une interrogation récurrente : peut-on sérieusement exiger une dynamique d’investissement soutenue dans un pays où l’État lui-même peine à offrir les garanties minimales de sécurité, de stabilité et de confiance institutionnelle ?

Le discours, empreint de formules volontaristes telles que “changer de paradigme” ou “aller de l’avant”, semble reposer sur une conviction implicite : celle selon laquelle l’élan économique pourrait précéder la consolidation des conditions structurelles qui le rendent possible. Une inversion des priorités qui interroge.

Le partenariat public-privé, présenté comme une solution stratégique quasi universelle, devient ainsi un mot-valise politique, mobilisé pour répondre à des défis structurels sans que les mécanismes d’application ne soient clairement définis. Or, sans cadre juridique robuste, sans transparence contractuelle et sans institutions capables de garantir le respect des engagements, le PPP reste davantage une promesse administrative qu’un outil de transformation.

Dans cette architecture discursive, le secteur privé est fortement sollicité, parfois même sommé d’endosser un rôle moteur dans le développement national. Mais cette injonction se heurte à une réalité incontournable : aucun secteur économique ne peut prospérer durablement dans un environnement instable, imprévisible et insuffisamment régulé.

La question de la responsabilité de l’État demeure, elle, traitée de manière plus implicite. Pourtant, elle est centrale. Car c’est à l’État qu’incombe la charge de garantir la sécurité, d’assurer la justice, de structurer les infrastructures de base et de stabiliser le cadre macroéconomique. Sans ces fondations, l’appel à la compétitivité et à l’investissement relève davantage de l’incantation que de la stratégie.

Ce décalage entre le discours et la réalité nourrit une forme de lassitude politique : celle d’un pays où les grandes orientations économiques se répètent avec des variations de ton, mais sans rupture tangible dans les résultats.

À force d’être présenté comme solution universelle, le partenariat public-privé risque ainsi de perdre sa substance, transformé en formule de communication plus qu’en instrument de développement. Pendant ce temps, les contraintes structurelles, elles, restent intactes.

Au final, le développement d’Haïti ne souffre pas d’un manque de discours ambitieux, mais d’un déficit persistant de mise en œuvre, de cohérence institutionnelle et de transformation réelle. Et tant que cet écart ne sera pas comblé, les appels répétés à “aller de l’avant” continueront de résonner comme des promesses suspendues dans un paysage économique en attente de fondations solides.

Jean Yourry ATOUT, Uni Fm

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