La campagne “Haïti Zéro Déchet”, portée par le Service national de gestion des résidus solides (SNGRS), s’inscrit dans un discours officiel de modernisation et de transformation de la gestion environnementale en Haïti. Présentée comme une initiative structurante, elle ambitionne de réorganiser la gestion des déchets dans la région métropolitaine et d’améliorer durablement la salubrité publique. Toutefois, l’observation de certains espaces laisse apparaître un décalage difficile à ignorer entre les objectifs affichés et la réalité quotidienne.
À Delmas, notamment aux abords du carrefour Gérald-Bataille, non loin du siège même du SNGRS, la présence continue de déchets dans l’espace public interpelle. Cette situation, loin d’être isolée, soulève des interrogations sur la capacité réelle des mécanismes de collecte, mais aussi sur la coordination des interventions sur le terrain. La proximité symbolique entre l’institution et ces accumulations renforce le contraste entre communication institutionnelle et vécu urbain.
La situation observée à la rue Cassagnol, Delmas 75, près de Cassagnol 11, met davantage en évidence les limites structurelles du système actuel. Des brûlages à ciel ouvert y sont régulièrement constatés, générant des fumées épaisses qui affectent la qualité de l’air et perturbent les activités économiques locales, notamment celles des petits commerçants. Ces pratiques, pourtant connues pour leurs effets nocifs sur la santé et l’environnement, persistent dans plusieurs zones de la capitale.
Dans ce contexte, la question n’est plus seulement celle des déchets visibles dans les rues, mais celle de la durabilité des politiques publiques mises en œuvre. Une campagne nationale, aussi ambitieuse soit-elle, ne peut produire d’effets tangibles sans un dispositif opérationnel solide, une présence effective sur le terrain et un mécanisme de contrôle rigoureux.
À Pétion-Ville également, la situation rappelle que les défis environnementaux ne se limitent pas aux zones traditionnellement associées à la précarité urbaine. Dans certains secteurs, des accumulations ponctuelles de déchets et des dysfonctionnements dans la collecte témoignent d’un problème plus large : celui d’un système encore insuffisamment structuré pour répondre aux exigences d’une gestion moderne et uniforme des résidus solides.
Au-delà des disparités géographiques, c’est la cohérence globale de la politique de gestion des déchets qui est interrogée. Entre les annonces institutionnelles et la réalité du terrain, l’écart demeure significatif, révélant une difficulté persistante à transformer les orientations stratégiques en résultats visibles et durables.
Dans ces conditions, la crédibilité de la campagne “Haïti Zéro Déchet” dépendra moins de son ambition déclarée que de sa capacité à produire des effets concrets, mesurables et stables dans les espaces urbains les plus exposés. Sans cette traduction opérationnelle, le risque est de voir le slogan s’imposer davantage comme un marqueur discursif que comme un véritable levier de transformation environnementale.
Jean Yourry ATOUT, Uni Fm




